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Transphotographiques / TOY CAMERA / JOUER pour VOIR

Les photographes invités :
Phil Barth,
François Daumerie,
Patrice Deregnaucourt,
K-Poon Dubus,
Eric Keller,
Alan Marsh,
Perlinpinpin,
Fabrice Poiteaux,
Caroline Robe,
Jacques Van Roy.


Vernissage le dimanche 5 juin 2011, à 11h30 : MAIS REGARDEZ donc cette vidéo du vernissage !
Exposition du 5 juin au 26 juin 2011.

Commissaire de l’exposition : Caroline Robe

LES PHOTOS DU VERNISSAGE :

Toy camera

(Diana, Holge et ses amis)

JOUER POUR « VOIR »

Dix photographes ont répondu présent pour prendre le chemin des écoliers munis de « jouets », simples boîtes de cartons ou coques de plastique.

Ils nous proposent une vision du Nord au travers d’une photographie aléatoire.
Des images réalisées d’une façon ludique au résultat surprenant ! Jouant en fait des accidents, ces photographes se situent à contre-courant.
Poétique du petit trou, le goût saumâtre d’une pupille de plastique pour saisir la lumière du monde.

Exposition 5 juin au 26 juin 2011.

Ouvert les samedis et tous les dimanches de 15h à 18h, et sur rendez-vous au 06 15 79 18 25

- en savoir plus sur le programme des Transphotographiques 2011

Si l’on en croit le titre de l’exposition, c’est le jeu et le “voir” qui relient la démarche des artistes photographes présentés ici.

Mais qu’est-ce que jouer ? Qu’est-ce que voir ?

C’est peut-être dans un premier temps se livrer à une opération d’un genre nouveau sur le réel. Y déployer un ensemble de transmutations et de métamorphoses qui le donnent à voir en le rendant autre.

Jouer, c’est mettre à distance, instaurer un jeu entre moi et le monde pour
y inventer des stratégies qui me permettent de le rejouer. C’est l’enfant qui affirme avec toute la certitude de son innocence “on dirait que” ou encore “on ferait comme si”.
Finalement le propre de l’homme serait cette capacité à se détacher du monde en le représentant afin de mieux s’y projeter.

L’enfance du regard, c’est là le point d’insertion qui permet de comprendre la
proposition “toy’s camera”. À l’heure où la technique photographique -avec l’arrivée et l’essor du numérique- permet de créer des images ex nihilo ; les artistes qui ont accepté de “jouer le jeu” ont choisi de revenir à l’élémentaire. Un retour au premier regard comme on le dit d’une relation amoureuse qui commence.

Le premier regard du photographe est sans doute un moment souverain. Un geste atechnique, une perception pure qui se joue entre l’oeil et le monde.
La tâche qui incombe à l’artiste est alors de retrouver cet instant là pour le réitérer, le donner à voir une deuxième fois. Il s’agit d’un éclat séminal qui suppose la promesse d’une révélation.
Le retour à l’élémentaire accompagne ce processus. On pourrait dire que l’enfance du regard rejoint l’enfance de l’art. L’épiphanie du monde comme premier oeil se joue aussi dans les histoires de chambre noire, de lentille, de tirage et de révélateur.

Dans le monde réellement renversé le faux est un moment du vrai. Pour atteindre ce moment vrai, il faut comprendre que l’artiste se met en jeu et par là-même en danger. Par ses images il assume le double du monde -sa
duplicité- pour en livrer la teneur véritable.

Refuser le confort de la technique.
Assumer l’aléa du procédé rudimentaire.
Montrer ses lieux d’enfance où s’enracine l’errance à venir.
Peu d’artistes acceptent ce retour au primitif et à l’archaïque. Ce moment où l’on se détache de “l’enfance animale” qui nous déborde et où l’on comprend que la seule issue est d’agir sur le monde en le représentant.

Le geste authentique du photographe se situe là. Dans cet instant où le monde cesse d’être en lui pour lui faire face. Là devant, dans ce dehors nu qui m’échappe alors que je le croyais mien.
L’image photographique est ce regret éphémère, cette mélancolie primordiale qu’il faut se réapproprier en la partageant. Geste inaugural qui fonde l’humanité de Lascaux à Walker Evans si l’on ose dire.

C’est peut-être cela le jeu de la photographie pauvre.
Revenir à l’indicible, cette cruauté de l’enfance qui voit le monde m’échapper et me dépasser, et en faire une image armé d’une simple boîte. Se venger du temps avec l’audace folle du garnement qui invente son univers. Seul un enfant, ou un artiste, peut prendre cette histoire au sérieux, au point d’y jouer sa vie.

“Maturité de l’homme, cela signifie avoir retrouvé le sérieux que l’on mettait dans ses jeux, enfant” - Nietzsche (Par delà bien et mal).

C’est sans doute ce défi que les artistes présentés ici ont accepté de relever.

François Ide – Avril 2011

Phil Barth

Si Phil BARTH multiplie les fonctions, graphiste, directeur artistique, dessinateur et peintre, c’est parce que le choix, quant aux formes de toutes ces expressions artistiques était impossible.Mais sa véritable passion était la photographie.

Depuis son plus jeune âge, il capte le monde au travers de ses clichés tant amateurs que professionnels. A 10 ans, pour son anniversaire, il reçoit de la part de ses parents un instamatic kodak en plastique noir et métal argente avec lequel il découvre les joies de portraiturer ses ami(e)s et son environnement.

Ce cadeau est une véritable révélation pour ce gamin qui serait peut être devenu comédien, cinéaste, videaste, peintre ou "rien du tout".
Émotion et sensibilité se dégage de son travail.

Philippe BARTH se distingue par son sens du cadrage, de la lumière et l’authenticité de ses photos.
Vit et travaille a Bruxelles depuis les années 2001.


François Daumerie

François Daumerie

« à propos de Toy-cameras... »

L’oeil vagabond, François Daumerie pose son regard en noir et blanc sur le monde qui l’entoure. Il « prend » des photographies qu’il « donne » à voir.

Adepte de l’écriture photographique le toy camera lui permet de déambuler au gré de ses errances.

La conception de ces « appareil jouets » rend aléatoire la prise de vue, voilant parfois le film, intégrant les perforations et les inscriptions de la pellicule à l’image finale.

Ces appareils privilégient dans la photographie ce que Walker EVANS appelait « l’enregistrement pur ».

Ils font parfois passer la disponibilité à l’émotion avant l’élaboration de l’image, laissant la part belle au hasard.


Patrice Deregnaucourt

Patrice Deregnaucourt

Sténopé, cheminement rêveur

Trou d’aiguille dans la fuite du temps,

Long temps de pose,

Pause.


K-poon Dubus

K-poon Dubus

K-poon Dubus développe depuis quelque années un travail personnel très éloigné des impératifs de la photographie de commande.

Délaissant la technologie numérique pour la poésie de l’argentique, il arpente les rues en quête du « hasard heureux », du « tranquillement spectaculaire ».

Dans le sillage des maîtres de la Street Photography, il essaie en toute
humilité de trouver la distance juste par rapport aux choses et aux gens.

K-Poon Dubus débute la photographie en 1994.

Après 2 années de formation en laboratoire, il travaille dans la photographie publicitaire.

En 2009, il quitte un studio publicitaire pour s’installer et mener à bien à bien ses projets photographiques.


Eric Keller

Eric Keller

Je me demande parfois à quoi ressembleraient mes photographies si j’étais né ailleurs qu’à Dunkerque.

Lorsque j’étais enfant, nous allions attendre mon grand-père à la sortie des chantiers navals.

Mes grands parents paternels étaient polonais, immigrés en France au début des années 30.

Aujourd’hui encore, je me souviens des légendes de Pologne, d’Ukraine, de Lituanie, d’aventures vécues dans leur enfance aussi, qu’ils me contaient dans un français ponctué d’expressions dans leur langue natale. Leur accent enrobait leurs histoires d’un mystère supplémentaire.

Karol Keller était grutier au quai d’armement des bateaux. Avant l’ouverture des portes, nous nous installions en surplomb de l’immense chantier, sur une haute dune creusée d’abris et de souterrains datant des dernières guerres.

Nous prenions soin d’éviter les cheminées d’aération, profondes comme des puits qui s’ouvraient au ras du sol, sans protection, cachées par les
herbes.

Il arrivait aussi qu’en s’aventurant au bord des cales sèches, on puisse approcher l’un de ces Léviathan dont les hautes parois rouillées évoquaient un Moby Dick prisonnier dans la cage d’un zoo.

Comme la peau épaisse d’un pachyderme centenaire, la tôle portait des traces de blessures, infligées par l’eau salée de tous les océans du monde.

Sur la peinture écaillée, rongée par la rouille, on devinait le nom du vaisseau, tracé en cyrillique ou en idéogrammes asiatiques et on s’interrogeait sur les hasards qui l’avaient mené jusque là.

Sous la ligne de flottaison, les mollusques incrustés dessinaient des chaînes de volcans, des cordillères des Andes.

Karol avait entrepris de fabriquer un modèle réduit de sa grue, auquel il apportait des améliorations techniques. Combien d’heures avons-nous passées, mon frère et moi dans son atelier sombre et poussiéreux, jonché de copeaux de bois, à le regarder assembler et souder minutieusement les pièces de laiton qu’il avait découpées !

Nous l’imitions en manipulant maladroitement de nos petites mains ses merveilleux outils patinés et polis par l’usage.

Très souvent, les dimanches, nous parcourions en famille, en de longues promenades, les dunes et la vaste plage qui étale son interminable ruban de sable, au delà de Zuydcoote, vers la Belgique.

De leurs orbites noires, tournées vers la mer, les blockhaus suivaient notre progression.

Quels songes douloureux ces crânes de béton abritaient-ils ?

Ne chuchotaient-ils pas dans le vent du Nord ?...

http://cameraobscura.busdraghi.net/fr/2011/eric-keller


Alan Marsh

Alan Marsh

Alan Marsh est un photographe Anglais, basé dans son studio à Londres.

Il est spécialisé dans la photographie culinaire et de nature morte/still life et travaille principalement pour des agences de communication, de design et de l’édition.

Dans son travail de photographe commercial, il est habitué à utiliser la dernière technologie de dos numérique Phase One et autres outils informatiques.

Pour Toys Camera Alan est sorti de son studio pour retourner sur les lieux de son enfance et revisiter le paysage de son passé.

Né à Douvres, il a grandi en observant le nord de la France. C’est un des passe-temps favoris des gens de Douvres que d’observer - avec de préférence des jumelles - ce qui se passe de l’autre côté de la Manche et de s’émerveiller à chaque signe de vie qui peut se deviner à l’horizon.

Il n’était qu’un écolier quand il découvrit la magie de la photographie. Il suivit sa passion en étudiant la photographie at Medway College of Art & Design in Rochester in Kent et en travaillant ensuite comme assistant pour plusieurs photographes de publicité à Londres.

Quarante ans plus tard il retourne photographier le paysage de son enfance, équipé de l’appareil photo de sa jeunesse, un Kodak Brownie Cresta 3 1960, un box Brownie et de quelques films périmés.

Il revisite le terrain qui connecte l’Angleterre au nord de la France.

Il a trouvé le manque de contrôle technique très difficile, car ces appareils ont une prise de vue et un réglage d’exposition très limités mais en même temps ces limitations lui ont permis d’adopter une approche nouvelle de l’objet, une approche plus rafraichissante qui au delà de l’aspect technique et lui ont permis de se concentrer sur les formes sculpturales de la nature.

Pour Toys Camera Alan a produit une série de douze images montées dans des cadres de 30x40cm.

Chacune d’elles est un C Type Fuji Chrystal Archive Print avec un large bord blanc.

L’imagerie sera composée de :

  • Paysage duotones de formations rocheuses de calcaire (Série de quatre)
  • Tirages couleur de paysages inhabités (Série de quatre)
  • Prises de vue en studio. Still life d’échantillons de petites roches. (Série de quatre)



www.alanmarsh.com


Perlinpinpin

Perlinpinpin

« En pratiquant la sténopéphotographie et en m’intéressant à son histoire, je mariais plusieurs passions.

Même si je n’ai pas délaissé les appareils à objectif classique composé de lentilles de verre, utiliser un simple trou d’épingle pour fixer l’image d’un objet, une personne, une scène, c’est un peu retourner aux débuts de la photographie, quand les pauses étaient longues, qu’il fallait être un peu scientifique, un peu bricoleur pour réussir ses clichés.

J’ai aimé courir les foires à la photo, à Bièvres et ailleurs, pour collectionner les petites plaques de laiton, de cuivre, dans lesquelles les sténopéistes du passé ont fait leur trou d’épingle.

Comment imaginer collection plus modeste, moins matérialiste que celles de trous ?... »

Perlinpinpin mode d’emploi, 2010

Skomvaer, Worway. 1997 (Sténopéphotographie)

Fabrice Poiteaux

Fabrice Poiteaux

« Par le petit trou de ma chambre, on voit des mondes, il y a des rivières de lumière qui l’inondent.

Dans cette petite boite, toute inversée, on marche au plafond avec une grande insolence.

Avec ce petit trou, bien rond douillet, planté tout au milieu, il y a des bascules, dont la lente puissance a pour objectif, la mise en évidence du monde et ses obsolescences. »

Caroline Robe

Caroline Robe

"Mémoire de la lumière"

Quel liens peut-on établir entre la mémoire, l’image et la lumière ?

C’est à cette question que se confronte le travail de Caroline Robe.

Très tôt, elle collectionne toutes sortes d’images qu’elle découpe dans les magazines, les journaux ou les missels jaunis ; constituant ainsi le grimoire personnel de « ses années ».

Dans le même temps, elle découvre la photographie qu’elle étudie aux Beaux arts et aux Arts décoratifs de Paris. C’est alors que se révèle à elle le
mystère inversé de la chambre noire et des techniques anciennes.

La question de la fabrication des images rejoint celle de la collection. C’est à présent la lumière qui va sceller les deux dimensions de sa recherche. Caroline Robe vagabonde, elle s’abandonne aux lieux et aux paysages comme ces derniers s’imprègnent en elle.

La photographie est d’abord à elle même sa propre boîte d’enregistrement, comme si une chambre noire travaillait en elle. C’est pourquoi la problématique de la lumière est au coeur du cheminement de l’artiste. Au delà de ses déambulations, elle cherche un lieu, l’éclairage juste où se mêlent des souvenirs du Caravage ou du Tintoret et les paysages du Nord à la teinte si particulière.

Trace de lumière, faisceaux qui se glissent entre chemins et passages étroits, forêt de clair-obscur. L’artiste trouve là la matrice qui va nourrir son travail.

Car ce qu’elle veut, c’est partir d’un point de lumière pour recréer une image, un monde, un univers. Comme cette lanterne magique qui déroulait sa féerie sur les murs de sa chambre d’enfant. La recherche de l’inframince chez Caroline Robe se mesure parfois au mystère de la réminiscence proustienne.

Mais pour la photographe, c’est la chambre noire qui va réinitialiser la magie du lieu et de l’instant comme une apparition traverse le noir, oxymore fait de clair et d’obscur, de transparent et d’opacité de mémoire et d’oubli.

C’est alors qu’un nouveau dispositif se déploie dans le travail de l’artiste.

De grands coups de pinceaux de ferricyanure et de citrate d’amonium vert viennent recouvrir le support. Avec le soleil pour source lumineuse la matière oeuvre dans l’image, elle travaille en elle comme le temps travaille nos souvenirs.

Puis, au terme du processus, l’ombre et la lumière s’inversent sur le papier à dessin et se fixe alors le cyanotype.

Image réitérée mais toujours différente comme l’instant qui se fixe à mesure qu’il s’efface.

Caroline Robe s’invente un vocabulaire fait d’images, d’impressions et de lumière qu’elle nous transmet, l’ensemble se superpose et s’entremêle comme la trame d’une histoire à déchiffrer.

Jacques Van Roy

Jacques Van Roy

Le jeu photographique.

Dans le temps « éternel » de la photographie, il nous faut observer les moments où la technique argentique est en phase avec la conduite de l’opérateur-photographe.

Il n’y a que dans les accidents que l’ensemble du processus se révèle, la dimension du jeu et l’incontrôlé permet de détecter les lois de séries tout comme le scientifique qui répète une expérience à l’infini, « un jour ça va marcher » pourquoi ?

C’est ici au travers d’une absence d’intention que l’on va obtenir un résultat qu’on définira comme intéressant. « Plus on veut moins on obtient, moins on veut plus on obtient ».

C’est dans ce « credo » que je me tiens depuis mes débuts en photographie.


© La plus petite galerie du monde (OU PRESQUE) - 2011